Salut Boris ! Que de temps passé depuis l’époque où l’on se croisait le long des terrains de l’Académie du Standard ou celle d’Eupen ! Et surtout, quel chemin parcouru !
Peux-tu revenir sur ton parcours de formation ? Entre le Standard, Virton, Eupen… qu’est-ce qui t’a le plus marqué ? Est-ce que ces centres ont des lignes conductrices similaires en termes de formation ? Tu es arrivé au Standard à l’âge de 11 ans : penses-tu que c’est plus intéressant pour un jeune joueur d’arriver dans un club de ce calibre plus tôt pour avoir une formation plus complète ? Ou, faire ses armes dans un plus petit club, plus familial, c’est bien aussi ?
Chaque parcours est unique et il n’y a pas qu’une seule voie
pour y arriver. Mon rêve d’enfant a toujours été d’évoluer au Standard. Après
un test raté à 10 ans on m’a demandé de revenir 1 an après et de continuer à
progresser techniquement. Je me rappelle encore des entraînements avec mon papa
sur le tarmac pour bien contrôler le ballon. J’ai passé des heures à jouer,
même tout seul, j’étais acharné je ne voulais pas m’arrêter de jouer même quand
il faisait noir. Du coup, 1 an plus tard, je suis retourné en test pendant 6
mois et je m’entraînais 3x sur la semaine avec eux comme si je faisais partie
du groupe. J’étais à l’école primaire à Han-sur-Lesse et ma maman me conduisait
à chaque fois à l’entraînement. Sans elle je n’aurais pas pu être là où je suis
aujourd’hui, elle a tout fait pour que je réalise mon rêve. Je ne la
remercierai jamais assez. Après les 6 mois de test, j’ai enfin été repris au
poste de défenseur central alors que j’étais ailier dans mon 1er club d’Eprave.
J’aurais joué à n’importe quel poste au Standard pour réaliser ce rêve.
Ce qui m’aura le plus marqué c’est la pression et l’exigence
que j’ai pu ressentir malgré notre âge. Pendant 1 an on a fait les trajets 4-5
fois par semaine de Han-sur-Lesse car j’étais en dernière année primaire et on
ne pouvait pas aller à l’internat, on était trop jeune. Je trouve qu’au final,
qu'a l'âge de 12 ans et être en 1ère secondaire c'est un bon moment pour
rejoindre un centre de formation. Avant ça, pour moi, le plus important c’est
de laisser l’enfant s’amuser avec les copains. Ou alors ça doit vraiment venir
de l’enfant s’il veut y aller plus tôt. Y aller trop tôt ne veut pas dire que
tu as plus de chances de réussir selon moi. Donc comme tu dis, je suis plus
d’avis de faire ses armes dans un plus petit club, plus familial et où l’on
s’amuse avec les copains.
Aussi, le Standard ne m’a pas retenu à mes 15 ans parce que je n’étais pas assez "physique" et pourtant comme on peut le voir ce n’est pas une fin en soi ! Si le standard m’avait gardé, je ne pense pas que j’aurais pu percer dans le monde du foot.
Après le Standard, Virton m’a réellement permis de reprendre
le plaisir du foot. J’ai complètement changé de position, j’étais back droit au
standard, position que je n’aimais pas du tout. J’ai joué attaquant droit à
Virton pendant 6 mois avant de repasser défenseur central pour la 2ème partie
de saison. On a fait une super saison et en fin de celle-ci, j’ai eu la
possibilité d’aller faire un test à Eupen. Lors d’un match de test, le coach s’est
dit qu’il allait m’essayer milieu défensif pour la 2ème mi-temps et ils ont
décidé de me reprendre pour jouer à cette position. Au moment de passer en U21,
le coach de l’équipe en question m’a dit que la concurrence serait féroce et
que c’était possible que je n’aie pas beaucoup de temps de jeu et donc, que si
je voulais partir, je le pouvais. Mais j’ai décidé de rester et il n’aura fallu
que quelques matchs pour que je m’impose comme un titulaire indiscutable. Puis,
j’ai eu l’occasion après une belle saison en U21, d’intégrer le noyau de
l’équipe première.
Quel a été le plus grand défi au moment de passer de la
formation à l’équipe première ? Comprends-tu que de nombreux jeunes talents
restent bloqués en équipe espoirs et n’arrivent pas à franchir ce palier ?
Quel(s) conseil(s) aurais-tu à leur donner ?
Ça a surtout été physiquement : un football d’adultes ce n’est pas du tout la même chose. La chance que j’ai eue à Eupen, c’est qu’on m’a laissé le temps de progresser en m’entraînant avec l’équipe première, en faisant « des bancs » et de continuer à jouer les matchs en U21 pour avoir du rythme de matchs et continuer à progresser. Le conseil que je pourrais donner c’est de toujours se donner à fond, se tenir prêt, être patient et travailler plus que les autres. Plusieurs fois au cours de mon parcours, j’ai eu des moments difficiles où on ne croyait pas en moi. Mais à force de travail, de patience et de détermination, j’ai toujours réussi à m’imposer.
Qu’est-ce qui t’a motivé à quitter Eupen pour tenter
l’aventure à Willem II aux Pays-Bas en 2024 ? As-tu eu facile de t’adapter à un
nouveau pays, un nouveau championnat, une nouvelle langue ? As-tu constaté
des différences avec la formation en Belgique ?
Je sentais que j’étais arrivé à la fin d’un cycle à Eupen,
je sentais que je stagnais, j’avais vraiment besoin d’un nouveau challenge.
Déjà l’année précédent mon départ, j’avais voulu tenter une nouvelle aventure
mais ça ne s’était finalement pas concrétisé. J’aurais préféré quitter Eupen en
ayant sauvé le club (en Jupiler Pro League) mais ça ne s’est pas passé comme
ça.
L’adaptation a été difficile, le transfert a déjà mis
beaucoup de temps à se faire et s’est concrétisé dans les derniers jours du
mercato. C’était beaucoup de changements en une fois, un déménagement à gérer,
un nouveau club, une culture différente. Au final, c’est ce que je voulais. Je
n’ai pas eu de préparation avec eux : 2 jours après ma signature je
faisais mon entrée au jeu pour 20 minutes. J’ai vécu 1 mois à l’hôtel le temps
de trouver un logement qui me convenait.
La différence marquante pour moi ce sont les infrastructures : aux Pays-Bas, c’est incroyable ! Et les atmosphères dans les stades sont folles, les gens vont au stade tous les week-ends en famille, c’est une culture différente. Je trouve que de manière générale, en Belgique on préfère regarder 3-4 matchs sur l’après-midi (à la télévision), que d’aller au stade voir 1 match. Au niveau de la langue on était quelques francophones dans le groupe, ce qui m’a aidé. Mais les théories d’avant-match étaient en néerlandais, langue dans laquelle je comprends pas mal de choses. Mais pour la parler, c’est plus difficile.
Avoir été prêté au KV Courtrai en 2025 : est-ce un retour
aux sources, une nouvelle étape, ou les deux à la fois ?
Je dirais un peu des deux, après avoir connu 2 descentes
d’affilée où ça a été très difficile à digérer, j’avais vraiment l’envie de
rejoindre un projet ambitieux où je pouvais retrouver cette culture de la gagne
que j’ai toujours eue mais où c’est plus difficile quand tu joues le bas du
classement forcément.
A Courtrai ils avaient l’ambition de remonter au plus vite et ils me voulaient absolument. Je n’ai pas réfléchi longtemps. Un club qui me correspond bien, un club familial avec de bonnes valeurs et des bons supporters.
Tu joues à la fois comme milieu défensif et comme
défenseur central : comment décrirais-tu ton style de jeu ? Quelle
position préfères-tu et pourquoi ?
La fameuse question ahah ! J’aime bien les deux. A vrai dire,
c’est difficile de choisir. Concernant mon style de jeu, je me considère comme
un joueur d’équipe, avec une bonne qualité de passe, qui ne lâche jamais rien, en
se donnant à 100% ! Et aussi un joueur fiable, ce qui je trouve, est important.
Au milieu de terrain c’est plus un travail de l’ombre : le numéro 6 est tellement important, il est là pour l’équilibre de l’équipe et parfois on le voit moins mais il réalise un travail précieux.
Quels sont selon toi tes points forts, et sur quels
aspects souhaites-tu encore progresser ?
Points forts : ma vision du jeu, ma qualité de passe,
mon jeu de tête et mon volume de jeu.
Ce que j’aimerais continuer à travailler c’est mon agilité et être plus musclé.
Quelles sont tes ambitions avec Courtrai pour cette
saison ? Que penses-tu pouvoir apporter au groupe ? À plus long terme : vise-tu
un retour en Pro League en Belgique, ou as-tu des ambitions à l’étranger à
nouveau ?
Les ambitions sont claires, je veux remonter en JPL. C’est
pour ça que je suis venu ici. J’apporte mon expérience, ma combativité,
fiabilité et j’aime être exemplaire. Premièrement, un retour en JPL avec
Courtrai et pour la suite on verra ce que l’avenir nous réserve.
Je ne dis pas non à une nouvelle aventure à l’étranger dans le futur.
As-tu des routines, des hobbies ou des rituels en dehors
du football qui t’aident à rester concentré et équilibré ? Comment gères-tu
l’équilibre entre vie privée et vie de footballeur pro ?
Je suis quelqu’un d’assez calme, j’aime bien être chez moi,
me poser, jouer à « FIFA » avec des amis. Et dès que j’ai congé, je
rentre à Liège pour voir ma copine qui habite là-bas. Elle est aux études à
Liège donc elle vient les week-ends chez moi. Elle est en dernière année pour
être infirmière en pédiatrie.
On verra l’année prochaine comment on trouvera notre
équilibre. Pour le moment ça se passe bien, on l’a bien trouvé.
La carrière de footballeur est tellement indécise qu’on ne peut rien prévoir à l’avance, c’est toutes des choses dont les gens ne se rendent pas forcément compte.
En tant que joueur formé en Belgique, quel regard as-tu
sur le football belge aujourd’hui, ses forces, ses faiblesses ?
C’est un championnat assez complet je trouve : physique,
tactique et technique. Aux Pays Bas c’est plus technique et tactique où on
privilégie surtout le beau jeu.
Parfois en Belgique c’est moins « sexy » si je peux dire.
Que penses-tu de l’importance de donner leur chance aux
jeunes : as-tu des conseils pour les jeunes joueurs belges qui débutent ?
C’est important parce que c’est l’avenir. Et dans le foot
actuel, c’est de plus en plus jeune : on cherche toujours la pépite le
plus tôt possible mais il ne faut pas bruler les étapes non plus au risque de
se brûler soi-même.
Un conseil important c’est de rester humble, le foot ça va
vite et dans les deux sens. Se donner les moyens de réussir aussi, mettre
toutes les chances de son côté, savoir se remettre en question. Un bon match ne
suffit pas, la semaine d’après il y en a déjà un autre, ça s’enchaîne et il
faut rester constant !
Si tu devais revenir en arrière : y a-t-il un conseil que
tu aurais aimé qu’on te donne au début de ta carrière ?
C’est difficile d’y répondre mais je dirais de croire en toi surtout.
Tu viens d’un parcours 100% belge : quels conseils
donnerais-tu à un jeune de 14–18 ans qui joue en provincial ou interprovincial
et qui rêve d’aller plus haut ?
Crois en toi, personne ne le fera à ta place. Tu peux y arriver si tu te donnes les moyens de tes ambitions, en saisissant la bonne opportunité. Il y a quand même souvent un facteur « chance » ou un facteur qui n’est pas entre nos mains mais c’est aussi à nous-mêmes de le provoquer.
Outre l’aspect technique du football et des
entrainements, que respectes-tu dans ton quotidien qui pourrait être lié à
de bonnes performances sur le terrain ? Une nutrition spécifique, une
hygiène de vie irréprochable ?
Une hygiène de vie irréprochable en effet, un sommeil de
qualité, une alimentation saine sont des clés pour performer tous les jours.
Même si tu as encore le temps devant toi, as-tu déjà
pensé à une après carrière ? Tu penserais à rester dans le monde du foot ou
changer totalement de milieu ?
Je ne sais pas encore exactement. Je ne pense pas vouloir être T1 mais ça pourrait changer ahah ! Je me suis toujours bien vu journaliste sportif, chroniqueur ou commentateur. En secondaire on m’appelait « infos Boris » (rires) … J’aime bien l’immobilier aussi, donc on verra bien.
Je t’explique brièvement le but de ma future
plateforme : permettre aux clubs issus du monde amateur de rechercher
facilement parmi différents profils de footballeurs ou membres de staff. Les
joueurs pourront se mettre en statut « disponible » ou « heureux
dans son club », par exemple. Les clubs pourront aussi créer des annonces,
auxquelles les joueurs pourront se porter candidat. Les clubs pourront aussi rechercher
des matchs amicaux facilement.
J’aspire aussi à mettre en place un blog, où l’on va
tenter d’apporter de la plus-value aux acteurs du foot amateur. D’ailleurs,
c’est toi qui inaugures ce blog !
Un petit rêve caché, serait, d’un jour, pouvoir investir
dans la formation des jeunes, dans des académies indépendantes et organiser des
journées de détection de talents, par exemple !
Ça pourrait être réaliste, selon toi ?
C’est un beau projet, maintenant avec les réseaux, les
matchs sont filmés même en amateur et il y a moyen de faire de belles choses je
pense. Oui c’est réaliste, à l’époque j’avais fait un stage CPR Standard, ce
qui m’avait permis de faire mes tests au Standard. Je te souhaite en tout cas
le meilleur dans tes projets et qu’ils soient une réussite !
Merci beaucoup, Boris, pour le temps accordé ! Nous
te souhaitons plein de bonnes choses pour la suite de cette saison, avec,
espérons-le, une montée en D1A ! C’est toujours inspirant d’échanger avec
quelqu’un qui incarne si bien les valeurs de travail, de calme et d’humilité.